Nouvelles
Ignacienne au quotidien. Demander la grâce du détachement quand le repas en famille tourne au chaos.

« Ignacienne au quotidien » est une nouvelle rubrique mensuelle. Shannon K. Evans, autrice et mère de cinq enfants, relit des moments de grâce, tirés de son quotidien chaotique, sous l’angle de la spiritualité ignacienne.

par Shannon K. Evans

10 novembre 2019 — Ma famille de sept s’installe autour de la table et le chaos du souper se met en branle. Je me le suis bien promis, je ne laisserai pas la frustration me dominer cette fois-ci. Je vais mettre en pratique la leçon sur le détachement des Exercices spirituels de saint Ignace. Goûter la grâce d’avoir même des enfants avec qui manger. Mais en moins de deux minutes, le bébé s’est mis à crier, les grands se plaignent de la nourriture, le petit s’étale de la sauce tomate dans les cheveux et deux ou trois répliques un peu sèches montrent que je défoule mon stress sur mon mari. Pour le détachement, on repassera.

Une heure plus tard, papa est à l’étage et préside au coucher avec la maestria d’un Monsieur Loyal. Je récure la vaisselle dans un évier savonneux, heureuse de profiter d’un moment de répit pour réfléchir et prier. Le conseil des parents qui m’ont précédée me revient à l’esprit, sage sentence recueillie en faisant la queue pour la caisse au supermarché ou glanée dans une bulle sur Facebook : « profite de chaque instant ». « Apprécie l’étape que tu vis. » « Ça passe si vite. » J’adore ma famille, mais la vie de famille est rarement idyllique et ce soir ne fait pas exception.

Une autre casserole de faite, encore deux. Le lave-vaisselle ronronne déjà à côté de moi, chargé d’assez de couverts pour une équipe complète de basket-ball. Et je ressasse les mêmes vieilles questions, comme un tourne-disque enrayé : pourquoi les choses ne restent-elles jamais en ordre, au propre et au figuré? Pourquoi faut-il qu’on ait toujours besoin de moi? Pourquoi cette vie est-elle si différente de ce que j’avais imaginé? On croirait qu’après dix ans à faire la maman, j’aurais appris à ne plus m’accrocher à de tels rêves, mais non: je tiens mordicus à mes idées sur ce que la vie devrait être.

J’essaie de me rappeler ce que j’ai appris dernièrement sur l’indifférence ignacienne. Pour me libérer de l’addiction au contrôle, je dois m’abandonner à vivre le moment présent et recevoir comme des cadeaux même les frustrations et les déceptions. Après tout, elles sont (à tout le moins)  la preuve que je suis en vie. Saint Ignace dit que notre attachement désordonné aux résultats nous empêche d’aimer Dieu et le prochain comme nous-mêmes. Il estime que la seule façon d’arriver à la liberté spirituelle, c’est de se détacher de ses préférences et d’accepter les choses comme elles sont, au lieu de jongler à ce qu’elles devraient être. Choisir le détachement, c’est aimer le réel.

Je reviens à mon mouvement d’impatience au souper. J’étais si attachée à ce que je ressentais que je  me suis donné le rôle de la victime, agressée par les besoins bien normaux des gens autour de moi. J’ai raté l’occasion de vivre la joie et l’amour qui s’offraient parce que je n’étais pas libre de les accueillir à bras ouverts.

En revanche, je me rappelle un incident, la semaine dernière. Je nettoyais aux toilettes les séreux dégâts de quelqu’un qui avait eu un accident; j’ai pris une grande respiration et j’ai répété plusieurs fois : Jésus, je vous aime. Je me rappelle avoir éprouvé une patience et une tendresse surnaturelles à ce moment-là, grâces que j’ai laissées filer pendant le souper tout à l’heure.

Je sens que Jésus m’invite à retourner plus souvent en ce lieu de liberté et de paix, à renoncer à mes attachements désordonnés et à me laisser consoler par son amitié. Sur la terre, le Jésus des Évangiles accordait toute son attention et sa sollicitude à la personne qui était devant lui. Il vivait une telle disponibilité que la moindre interruption, même une requête inattendue, semblait une chance à saisir. Libre de tout amour désordonné et parfaitement désintéressé, Jésus était libre de passer par-dessus ses plans et ses attentes pour s’offrir de tout cœur aux gens autour de lui. Or l‘Esprit qui lui permettait de faire ça vit aussi en moi, c’est fou, non?

En étendant le linge à vaisselle et en essuyant le comptoir, j'imagine ce que dirait Jésus s'il était là devant moi. En fait, je ne le vois pas me réprimander pour n’avoir pas su reconnaître ou apprécier les grâces qui se présentaient. Si je me fie au Jésus de la Bible, je pense qu’il va plutôt me poser une question : qu’est-ce que tu veux ?

Je m’arrête. Je souhaite me détacher de mon inclination à tout contrôler. Je veux être libre d’aimer et d’être aimée dans ma réalité d’aujourd’hui au lieu d’espérer voir changer la situation ou voir les gens autour de moi se comporter autrement. Je veux sentir la présence de Dieu là, avec moi. Et en fait, ça y est finalement.

Mon plus grand désir dans la vie, ce n’est pas que les choses fonctionnent selon mes plans, c’est de me sentir libre d’aimer le plus profondément et le plus souvent possible – or c’est parfois lorsque mes plans sont contrecarrés que s’offre la plus belle chance de grandir dans l’amour.

La main sur le commutateur, je jette un coup d’œil sur mon travail. La cuisine est rutilante: propre, remise en ordre, prête à aborder la vie demain matin, prête à prendre un nouveau départ.

Shannon K. Evans est l’auteure d’Embracing Weakness: The Unlikely Secret to Changing the World. [Étreindre la faiblesse: l’improbable secret pour changer le monde]. Elle a publié dans les revues America et Saint Anthony Messenger et elle a fait paraître des textes en ligne, entre autres, sur les sites Ruminate, Verily, Huffington Post et Grotto Network. Shannon, son mari et leurs cinq enfants vivent dans le centre de l’Iowa.


Nouvelles récentes

Les périodes de crise nous amènent à réfléchir. Internet déborde d’articles du genre « Ce que j’ai appris pendant la pandémie. »

Pour égayer cette étrange saison de collations des grades, nous proposons ici un classement des mascottes des collèges et universités jésuites des États-Unis.

Réfugié somalien en Jordanie, Hassan Abdullahi partage son expérience pendant la COVID-19.

Shannon K. Evans, autrice et mère de cinq enfants, raconte les moments de grâce de son quotidien.

En pensant à ce que signifiait le coronavirus pour sa famille, et pour les personnes dans la marge, Caron Bellm a écrit la « Prière pour une pandémie », aujourd’hui largement diffusée.

Le père O’Hare est décédé le 29 mars 2020 dans le Bronx, à New York, au terme d’une longue maladie. Il avait 89 ans.

Que peut nous apprendre la vie de ce saint jésuite pour la pandémie actuelle?

visualisez toutes les nouvelles

Nouvelles de recherche

Publications
Depuis que Saint Ignace a acheté une première presse en 1556, les jésuites ont été engagés dans les communications. Aujourd'hui la Compagnie de Jésus publie un certain nombre de publications et de revues reconnues. Cliquez ici pour accéder à nos publications les plus récentes.

America - 7/20/15

America - 7/6/15

America - 6/22/15



Manresa House of Retreats
Manresa House of Retreats is located on the banks of the Mississippi River in Convent, La., midway between Baton Rouge and New Orleans.