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Ignacienne au quotidien: Discerner la plus grande gloire de Dieu dans ma réponse face au coronavirus

par Shannon K. Evans

26 mars 2020 —Deux heures après notre départ pour un voyage d’une durée de 12 heures, mon mari  et moi nous nous sommes regardés et nous savions qu’il nous fallait rentrer à la maison.

Bien avant que le mot “coronavirus” n’entre dans notre vocabulaire, notre famille avait planifié un voyage pendant la relâche du printemps pour visiter les grands-parents. Puis nous l’avons observé, alors qu’il faisait lentement son arrivé à travers les océans pour venir bouleverser la vie de nos amis de Seattle, New York et Denver. Mais au cœur du Midwest nous avions le luxe du temps. Peut-être pourrait-on le contenir. Peut-être que cela ne se répandrait pas dans les grandes régions métropolitaines.

Bien sûr, il était devenu de plus en plus évident qu’une quarantaine serait inévitable. Nos écoles fermeraient éventuellement et je me retrouverais  indéfiniment à la maison avec nos cinq enfants. Avec cette réalité imminente, je me raccrochais encore plus au répit d’une relâche  de la routine: une semaine glorieuse avec les cousins avant de se retrouver encabané avec cinq petits singes sauvages pendant on ne savait pas combien de temps. (Autant j’adore nos cinq enfants, il y a quand même une raison  pourquoi je ne suis pas une maman qui fait l’école à la maison.)

Et c’est ainsi qu’Eric et moi avons chargé obstinément notre mini van et avons commencé à conduire, une bouteille d’alcool à friction sur la console, prête à essuyer toutes les surfaces que nous rencontrerions. Une heure à passé, puis deux. J’ai lu de nouveaux articles sur mon téléphone alors qu’Eric conduisait, me bombardant de questions sur les dernières informations: quelques nouveaux cas avaient fait leur apparition et bien qu’aucun ne se trouvait dans notre comté, notre État confirmait qu’il y avait désormais une “contamination communautaire”. OOPS! Cela a fait tilt quand je me suis rendu compte que les enfants pouvaient être asymptomatiques.

Nous avons cinq enfants dans l’auto. Ils semblent en bonne santé, mais le sont-ils vraiment? Nous nous apprêtons à traverser quatre États; et si on répandait la Covid 19 à travers toute cette région? Et si pas maintenant, peut-être le ferions-nous sur le chemin du retour?

Parmi les chrétiens, j’ai été témoin de différentes façons de réagir face à cette pandémie. J’ai vu et entendu ceux et celles qui disent que “la peur n’est pas de Dieu” et qui continuent de vivre comme si de rien n’était et à l’encontre des recommandations de la CDC (Centre de contrôle des maladies). J’ai entendu des catholiques bien en vue se lamenter davantage sur l’impossibilité d’aller à la messe que sur les morts de nos voisins à l’échelle mondiale. À première vue, ces prises de position peuvent sembler spirituelles ou pieuses. Mais je ne pense pas qu’elles constituent du tout une réponse chrétienne.

Saint Ignace nous enseigne à prendre des décisions importantes fondées sur ce qui apporte la plus grande gloire de Dieu dans nos vies. Ainsi, le motto latin de la spiritualité ignacienne: Ad Majorem Dei Gloriam signifie « pour la plus grande gloire de Dieu ». Quand je regarde cette quarantaine à travers une telle lentille, je dois me demander quelle est la réponse qui est à la hauteur de l’exigence de la plus grande gloire de Dieu.

Je  peux écarter de la main les recommandations du CDC ou de l’organisation mondiale de la santé en me fondant sur la croyance que Dieu est avec moi OU je peux valoriser la vie de mes voisins plus que la mienne: je peux protéger les plus fragiles, défendre les vulnérables, sauvegarder les aînés. Le premier chemin a peut-être l’apparence de la piété, alors que je proclame que la foi est au dessus de tout. Mais le second s’apparente davantage à la manière de Jésus qui nous invite à aimer nos prochains comme nous-mêmes.

Il est vrai que Dieu peut être glorifié par notre refus d’avoir peur. Mais si nous sommes appelés à chercher la plus grande gloire de Dieu, je pense que dans la situation actuelle il est claire que la plus grande gloire de Dieu est la prise de conscience de cette réalité que nous appartenons tous les uns aux autres et que nous devons nous protéger les uns les autres. La plus grande gloire de Dieu se trouve toujours quand nous choisissons de prendre soin des plus petits parmi nous avant de nous préoccuper de nos propres volontés. Jésus nous rappelle que tout ce que nous avons fait au plus petit d’entre les siens (les plus vulnérables, les plus effrayés, les plus à risque), c’est à lui que nous l’avons fait.

Quant à ma famille, nous avons décidé d’annuler notre voyage et de retourner à la maison. Les enfants ont été déçus et nous aussi, mais une paix immédiate c’est installée en sachant que nous faisions la bonne chose.

Au lieu de nous ébattre dans la chaude cour  arrière de leurs grands-parents mes enfants passeront une relâche scolaire froide et pluvieuse en grande partie entre les quatre murs de notre maison. Au lieu de me détendre un peu en partageant la charge de prendre soin d’eux, je resterai la principale responsable de changer les couches, nourrir ma tribu d’affamés et de nettoyer les dégâts catastrophiques qui surviendront inévitablement. Mais même avec la déception et l’inconnu qui est devant nous, nous serons en paix en sachant que nous avons choisi la plus grande gloire de Dieu: un amour actif pour nos voisins vulnérables.

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Shannon K. Evans est l’auteure d’Embracing Weakness: The Unlikely Secret to Changing the World. [Étreindre la faiblesse: l’improbable secret pour changer le monde]. Elle a publié dans les revues America et Saint Anthony Messenger et elle a fait paraître des textes en ligne, entre autres, sur les sites Ruminate, Verily, Huffington Post et Grotto Network. Shannon, son mari et leurs cinq enfants vivent dans le centre de l’Iowa.


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