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Communitas ad dispersionem au temps du coronavirus

par Matthew Carnes, SJ

16 mars 2020 — Alors que les collèges et les paroisses jésuites appliquent l’« éloignement social »  pour affronter le coronavirus, je me surprends à éprouver toute une gamme d’émotions. Ma première réaction, c’est la tristesse d’être séparé de mes élèves et de mes collègues et amis, et une certaine confusion quant à ce que tout cela signifiera pour l’avenir que nous étions en train de bâtir.

Mais je repense à la façon dont se voyaient saint Ignace et les premiers compagnons: ils estimaient former une communitas ad dispersionem, une communauté pour la dispersion.

Ils s’étaient d’abord sentis appelés par Dieu à partager une vie et une mission communes, et ils avaient découvert une joie authentique en présence les uns des autres. Les années passées à Paris comme étudiants puis leur ministère à Venise et à Rome les avaient amenés à se qualifier d’« amis dans le Seigneur », unis au quotidien dans la prière et le service.

Mais quand les besoins de l’heure ont exigé qu’ils se dispersent à la surface du globe, ils sont allés. Souvent à un jour ou une semaine d’avis, ils sont partis vers l’inconnu, pour répondre aux besoins des malades et pour saisir les occasions qui s’offraient d’enseigner, d’apprendre et d’accompagner.

En dépit des interruptions et des séparations, toutefois, ils sont restés étroitement unis les uns aux autres grâce à la technologie de l’époque : leurs lettres, rédigées avec soin et largement diffusées, pour que chacun continue de se sentir uni à tous les autres. Ces lettres, ils les ont lues et relues en priant les uns pour les autres tous les jours. Ils ne formaient toujours qu’une seule communauté, ils partageaient la même mission, ils vivaient la même vie,

À la fin d’une semaine qui a provoqué tant de changement et tant de bouleversement, je suis réconforté de voir déjà mes amis, mes collègues et mes élèves saisir l’occasion, dans le même esprit que ces premiers jésuites. Utiliser la technologie d’aujourd’hui, avec tous ses gadgets, et ses ratés occasionnels, pour témoigner de la bonté et de la compassion, pour encourager et relever le moral. Attentifs à nous inspirer les uns les autres au moment de faire face aux défis. Séparés, sans doute, et néanmoins unis. Nous sommes toujours la même communauté.

Le père Matthew Carnes, SJ, est professeur adjoint au Département de politique gouvernementale et à l’École de diplomatie Walsh à l’Université Georgetown, et il dirige le Centre des études latino-américaines de Georgetown.


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