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Le père Paddy Giger, isolé à Milan, réfléchit sur la peur et la compassion

17 mars 2020 — Il y a trois semaines, avant que l’Italie ne ferme ses frontières, le père Paddy Giger s’est rendu à Milan, l’épicentre de l’éclosion du coronavirus en Europe. Il y est toujours. L’animateur du podcast « AMDG » Mike Jordan Laskey a parlé à Paddy de l’atmosphère dans la ville et de la réaction chrétienne à la peur, dans compassion et l’espérance.

Voici une traduction du podcast d’AMDG, diffusé pour la première fois le 12 mars.

Mike 

Paddy, vous êtes allé à Milan faire des recherches pour votre doctorat il y a environ trois semaines. Peu après votre arrivée, le premier ministre annonçait la fermeture des frontières, ce qui veut dire que personne ne peut quitter le pays. Vous non plus. Comment ça se passe à Milan?

Paddy 

Les rues sont pratiquement désertes. De temps à autre, vous entendez une voiture de police ou un camion de pompiers. On voit des gens à bicyclette, quelques passants dans le parc. Mais tout est très tranquille, très au ralenti. Personne ne fait la queue parce que les musées et les églises sont fermés. C’est très étrange. Un vieux jésuite italien – il a probablement 80 ans – m’a dit l’autre jour: « si vous vivez assez longtemps, vous aurez tout vu. Je n’aurais jamais pensé voir quelque chose comme ça en Italie. Eh bien, ça y est. »

Mike

En Italie, les mesures de quarantaine imposent aux gens de rester chez eux afin de protéger les personnes les plus fragiles, les plus vulnérables. Cela me semble une conception plutôt catholique du bien commun. Accepter de restreindre certaines libertés pour venir en aide à tout le monde, à commencer par les plus vulnérables.

Paddy 

Très juste. C’est un renversement de perspective difficile, mais tout à fait nécessaire : la liberté, c’est de se porter responsable de ceux qui n’auraient pas les moyens de se protéger. Je pense aussi que de renoncer à certaines libertés pour le bien commun, c’est faire preuve de responsabilité. Ce n’est pas facile, je sais. Et pour moi, ce n’est vraiment pas drôle. J’aurais bien voulu aller à la messe à la cathédrale de Milan. Mais les gens, c’est plus important.

Mike

Vous consacrez beaucoup de temps à réfléchir à la vie spirituelle et à creuser des questions difficiles. Qu’est-ce que vous faites quand vous avez peur?

Paddy

Quand j’ai peur, j’ai tendance spontanément à essayer de reprendre le contrôle, surtout si je ne suis pas d’accord avec un interlocuteur. Ça me pousse parfois à décocher un argument plus convaincant ou plus frappant. Mais ce dont j’ai vraiment besoin, au lieu d’exercer le contrôle, c’est de lâcher prise. Ce dont j’ai vraiment besoin, c’est de me détendre et d’essayer de rencontrer l’autre personne, au lieu de me focaliser sur la peur qu’elle peut provoquer chez moi.

En revanche, rencontrer quelqu’un qui a peur, c’est tout autre chose. Devant l’autre qui a peur, nous nous tenons sur un sol sacré. Pas d’éclats pour approcher ce lieu de crainte, le cœur de l’autre, mais de la douceur. Le but, en effet, ce n’est pas de résoudre la peur chez l’autre, comme si c’était un problème, mais de lui être présent. Et c’est très difficile. Parfois, il n’y a pratiquement rien à dire. Il n’y a qu’à être là.

Mike

Dans cette affaire de coronavirus, on se sent devant quelque chose de pratiquement incontrôlable. Je connais des personnes qui sont particulièrement vulnérables, et les projections sur les taux de propagation me terrorisent.

C’est l’une des premières fois, dans ma vie relativement protégée, privilégiée, où je sens que je n’ai plus le contrôle. Je peux faire certaines choses pour me protéger et pour protéger ma famille, mais bien des gens n’ont pas les ressources que j’ai. Je peux travailler à la maison. J’ai plein de congés maladie, de congés parentaux et un patron très compréhensif. Tout le monde n’a pas ces avantages.

Paddy 

Presque personne, en fait. Mais ça ne veut pas dire qu’on ne devrait pas bénéficier de ce soutien. Pour ma part, c’est une affaire d’amitié avec les personnes qui n’ont pas les privilèges que j’ai. Si les pauvres ou les démunis ne sont pour nous qu’une idée, si nous n’en connaissons aucun, il est facile de se dire « je voudrais bien aider » ou « je suis privilégié » et de ne rien faire.

Ça, c’est du narcissisme, de l’angoisse narcissique. Mais si les personnes qui n’ont pas les avantages que j’ai sont mes amis, le fait de penser à elles ne sera pas simplement une source d’angoisse. Je vais me dire : « avec d’autres, nous allons trouver un moyen de leur procurer des soins ». Il y a quelque chose que je peux faire même si ça dérange et que c’est compliqué.

Mike

Ces grosses questions et ces préoccupations surgissent dans le contexte du Carême, au moins pour les chrétiens. Est-ce que le Carême vous aide à aborder cette situation sur le plan spirituel?

Paddy

Spirituellement, on me rappelle que le sens et le but de mon existence doivent passer au premier plan. C’est le temps d’opter réellement pour ce qui est le plus important dans ma vie. Le plus important dans la vie, ce sont les gens que nous aimons, les choses pour lesquelles nous avons une passion, celles qui se sont données à nous. C’est ce qui doit avoir la priorité pendant cette crise sanitaire.

Mike 

Auriez-vous une prière ou des réflexions à nous partager?

Paddy 

Je veux simplement demander aux gens de porter attention aux personnes qui souffrent. Si on a pu créer les hôpitaux, c’est qu’il y a eu des gens pour accepter d’aller vers ceux qui souffrent au lieu de s’en détourner. On leur demandait : « pourquoi faites-vous ça? Pourquoi François donne-t-il un baiser au lépreux au lieu de prendre ses jambes à son cou? » C’est ce que nous sommes censés être en tant que chrétiens.

Cette façon de voir le monde ne peut sans doute pas servir de politique publique pour gérer une crise sanitaire mondiale. Il faut bien sûr écouter les experts qui nous disent comment réduire les risques au minimum, mais nous devons aller vers les personnes qui souffrent, avec amour, pour leur témoigner notre sollicitude.


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