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« Douleur et gratitude », poème-prière de Cameron Bellm

20 avril 2020 — Début mars, Cameron Bellm lavait la vaisselle tout en pensant à ce que le coronavirus voulait dire pour sa famille, et pour les marginalisés. Il en est résulté sa « Prière pour une pandémie », qui a connu une large diffusion sur Internet.

Bellm vit à Seattle, elle écrit des prières et des essais spirituels. Et elle a composé une nouvelle prière pour le site Jesuits.org : « Douleur et gratitude ». Elle a aussi répondu aux questions que nous lui avons posées à propos de sa « Prière pour une pandémie » :sur la naissance du texte et sur la place de la spiritualité ignacienne dans sa vie contemplative.

Voici sa nouvelle prière, et l’interview qu’elle nous a accordée.

Cliquez ici pour télécharger la prière en format PDF.

Poème-prière  « Douleur et gratitude »

Douleur et gratitude

polarisent et distendent nos journées.

Sans relâche, elles tirent l’une sur l’autre.

Nous souffrons de ne pas voir ceux qui nous sont chers,

reconnaissants néanmoins qu’ils soient toujours en vie.

Nous nous répandons en lamentations,

le front au plancher,

bien heureux pourtant d’avoir un toit et un plancher.

Nous déplorons les jours de classe que perdent nos enfants,

mais sombre, amère, la gratitude se profile à l’horizon:

il n’y aura pas de tireur fou à l’école.

Nous les portons, ces deux pierres magnétiques,

la gratitude grevée de douleur

et la douleur striée de reconnaissance,

en chancelant sous leur poids.

À qui offrir ces prières confuses et trempées de larmes?

À qui tient en mains les mystères douloureux et les mystères joyeux.

Seigneur de miséricorde,

Seigneur de compassion,

Laisse-nous reposer, enfin, dans tes bras.

Amen.

Votre « Prière pour une pandémie » a vraiment trouvé un écho dans bien des cœurs, car elle s’est diffusée rapidement sur Internet. Comment l’idée vous en est-elle venue?

J’ai écrit « Prière pour une pandémie »  le 9 mars, quand le coronavirus se propageait déjà rapidement ici à Seattle, mais avant le confinement. Je faisais la vaisselle en songeant à ce que cette crise pourrait vouloir dire pour ma famille. Je me consolais à l’idée que mon mari pourrait travailler à domicile et continuer de recevoir son salaire, et que je pourrais m’occuper du travail scolaire des enfants. Je me disais que, somme toute, ça pourrait aller pour nous.

Mais tout de suite, j’ai pensé : « et les gens pour qui ça n’ira pas. Ceux qui arrivent à peine à payer leur loyer? Ceux qui vont perdre leur emploi, leurs revenus, leur entreprise? Et ceux dont la santé est déjà fragile? » Et je me suis dit que tant que ça n’allait pas pour ces gens-là, ça n’allait pas pour moi.

Il semble que la pandémie provoque un mouvement de repli sur soi, le besoin de nous protéger, « moi et les miens ». Et votre prière semble aller à contre-courant. Pourquoi ?

Oui, tout à fait. À mon avis, c’est humain, c’est parfaitement naturel. D’instinct, nous cherchons à nous protéger, à défendre notre vie. Mais dès les premières étapes de cette crise, le jour où j’ai écrit cette prière, on voyait aux informations des rayons vides et de longues queues devant les épiceries. Ç’avait commencé par le papier hygiénique. Le message implicite, c’était : « c’est la panique, faites des provisions! Jouez du coude et frayez-vous un chemin! » et je me disais : non, il y a une autre façon de réagir à la situation.

Jésus nous enseigne l’amour sacrificiel. Et l’Évangile est radical. On n’y trouve pas la moindre trace d’égoïsme. Jésus nous donne l’exemple d’un amour qui donne tout. Et mon idée, dans cette prière, c’était de nous faire progresser, moi la première, vers une réaction à la pandémie, qui s’inspire de l’amour du Christ. Ceux et celles d’entre nous qui ont ne devraient pas prendre. Nous devrions donner.

Mon espoir avec cette prière, c’est qu’elle pourrait contribuer à nous mobiliser pour nos sœurs et nos frères qui ont besoin de nous, nous inciter à penser sérieusement à la façon dont nous pourrions aider, et à donner généreusement, à cœur ouvert.

Des personnes vous ont-elles manifesté leur appréciation? Pourquoi cette prière rejoint-elle si fort les gens à ce moment-ci?

La réaction a été absolument renversante. Je ne suis pas certaine que parler de stupeur et d’humilité suffise à traduire ce que je ressens. J’ai été émue aux larmes plusieurs fois en lisant les messages extraordinaires que les gens m’ont fait parvenir de partout à travers le monde. J’ai été aussi profondément touchée par le nombre de personnes qui m’ont demandé la permission de se servir de la prière dans leurs célébrations ou qui m’ont dit l’écho qu’elle avait trouvé dans leur communauté. Mais plus encore, j’ai été ravie de voir la diversité des confessions qui y ont trouvé du sens : des communautés épiscopaliennes, des assemblées de quakers, des synagogues, des congrégations méthodistes, des paroisses catholiques, des églises presbytériennes. En ce temps d’isolement sans précédent, quel rappel admirable du poids et de la portée de ce qui rapproche nos cœurs.

Plusieurs personnes m’ont dit que les premiers jours, alors que nous commencions à entrevoir la possibilité d’une quarantaine prolongée, elles sentaient le grand besoin de tendre la main à celles qui souffrent. Je pense, j’espère, que cette prière les aura aidées à combler ce besoin de rapprochement, ne serait-ce qu’un tout petit peu. Elle veut nous rappeler que nous avons une autre option : la peur est un réflexe naturel, mais nous pouvons aussi choisir d’aimer.

Je sens qu’au fond, tout ce que j’ai fait, c’est d’écrire un texte, un texte dont je n’ai jamais pensé qu’il serait si largement partagé. Mais tant de personnes bienveillantes et aimantes ont repris cette prière qu’elle en est venue à former une chaîne solide qui fait plusieurs fois le tour du globe.

Mère Teresa disait souvent qu’elle n’était qu’un crayon dans les mains de Dieu. Je ne suis pas Mère Teresa, mais je suis profondément honorée d’avoir été un « Sharpie » demi-sec à travers lequel Son amour a irrigué le monde.

En quoi la spiritualité ignacienne vous a-t-elle influencée?

Je pense qu’on peut dire que, sans la spiritualité ignacienne, cette prière n’aurait pas vu le jour. Le grand principe de saint Ignace de Loyola, trouver Dieu en toutes choses, est le fondement de ma vie spirituelle. C’est ce qui me permet de croire que, oui, Dieu me rencontre dans la banalité de mes tâches quotidiennes. Qu’il n’y a pas d’instant où il ne puisse me parler, pas d’instant où ses bras ne soient pas ouverts pour m’accueillir ! La spiritualité ignacienne m’a donné la liberté d’être constamment disposée à présenter à Dieu mes émotions, mes craintes et mes idées, et d’être ouverte à recevoir sa présence et son étreinte en tout temps.

Nous avons de jeunes enfants et mes journées ont leur bonne part de couches à changer et de briques Lego à ramasser; je suis donc profondément réconfortée de savoir que, pour Dieu, mon salon encombré de jouets pourrait tout aussi bien être un panorama à couper le souffle contemplé du sommet d’une montagne : il ne m’est pas moins présent dans l’un que dans l’autre. Pour la plupart, les grains de mes prières me sont venus en berçant un enfant malade, ou quand je m’inquiétais au lit de quelque chose qui échappe à mon contrôle, ou en faisant la vaisselle. La spiritualité ignacienne a suscité en moi le désir de m’accorder à la rumeur du Sacré présent tout autour de nous.

Devenue mère, je m’attristais de ne plus pouvoir prier et méditer l’Écriture comme je le faisais avant. Et ce fut bien le cas. Mais Dieu a pris mes maigres minutes et m’a rendu des heures.

Cameron Bellm vit à Seattle; elle écrit des prières et des essais spirituels. Après avoir terminé un doctorat en littérature russe à l’Université de Californie à Berkeley, elle a troqué la vie universitaire pour la vie contemplative, éclairée par la spiritualité ignacienne et par l’enseignement social de l’Église. Elle et son mari ont deux jeunes garçons et, heureusement, l’assemblage des briques Lego nourrit leur vie spirituelle autant que la lecture du Lectionnaire. Elle publie sur le site krugthethinker.com et, sur Instagram, à @krugthethinker.


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