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Pas un autre document de réflexion sur la pandémie…

Par Bill McCormick, SJ

Le 12 mai 2020 – Comme la pandémie de COVID-19 nous l’a rappelé, les périodes de crise nous amènent souvent à réfléchir. Internet déborde d’articles du genre « Ce que j’ai appris pendant la pandémie. » ou « Ce que j’ai appris sur X en restant à la maison. »

Mais où s’en va cette réflexion après la crise ? Chaque fois qu’un événement important se produit, nous avons tous quelque chose à dire sur ce que nous en avons tiré. Nous annonçons tous que nous planifions vivre de façon différente. Pourtant, il semble que nous revenions au statu quo, comme si nous n’avions jamais voulu apprendre et changer. En effet, l’objectif des documents de réflexion et de l’autoréflexion publique semble être de s’acquitter d’une obligation superficielle plutôt que de nous attirer vers l’action.

Je vous encourage maintenant à vous arrêter et à prendre une minute pour réfléchir. Si vous êtes comme moi, il y a eu de nombreux moments durant votre vie où vous saviez qu’il fallait changer et vous n’avez rien fait. Était-ce le 11 septembre ? La Grande Récession ? Le décès d’un membre de la famille ? Après qu’une décision personnelle a entraîné des conséquences néfastes pour vous ou l’un de vos proches ? Peut-être après une retraite, lorsqu’au « point culminant » de celle-ci, vous avez décidé de changer votre vie, et qu’en fin de compte, vous n’avez changé que très peu de choses.

Si vous êtes honnête avec vous-même, les mesures que vous avez prises en faveur d’un changement sont probablement bien en deçà de l’intensité de votre détermination initiale. Pourquoi ?

C’est le thème d’un de mes films préférés « J’adore Huckabees ». (Si vous ne l’avez pas vu, je vous le recommande. Une accroche : Dustin Hoffman et Lily Tomlin y jouent le rôle de « détectives existentiels ».)

C’est l’histoire de crises existentielles juxtaposées. Le personnage mémorable interprété par Mark Wahlberg, un pompier prénommé Tommy, dont la vie s’effondre, pose cette question : « Pourquoi est-ce que les gens ne se posent des questions importantes que lorsque quelque chose va mal, et qu’ils les oublient après ? »

La dernière partie me fascine particulièrement : pourquoi sommes-nous si pressés de revenir à la « normale » quand très souvent la crise a révélé que cette « normale » était instable, insoutenable et injuste ? Pourquoi sommes-nous si prompts à abandonner nos résolutions prises en plein milieu d’une crise ? Pourquoi l’oubli est-il si intentionnel ?

Il existe beaucoup de réponses superficielles à la question de Mark Wahlberg. Le film, par contre, donne une réponse plus profonde par l’intermédiaire de la crise d’un autre personnage, celui joué par un jeune Jude Law. Jude Law brille en tant que carriériste ambitieux et sans scrupule. Confrontant Jude Law parce qu’il recherche de l’attention pour éviter de faire face à sa propre dépression, Lily Tomlin lui demande ce qui arriverait s’il arrêtait de se comporter de cette manière. Elle lui demande : « Êtes-vous vous-même ? » Jude Law donne la meilleure réplique du film : « Pourquoi est-ce que je ne serais pas moi-même ? »

Au début, Jude Law donne cette réplique sur un ton défensif, en réaction à la critique de Lily Tomlin. Mais il la répète, presque surpris par ce qui sort de sa bouche. Et, à mesure qu’il l’a dit, il intègre les mots plus profondément.

« Pourquoi est-ce que je ne serais pas moi-même ? »

C’est une réplique brillante. Elle amène le personnage interprété par Jude Law à une autoréflexion perplexe. Alors qu’il réfléchit à ce qu’il dit, il commence à voir la distinction entre le premier « moi » qu’il croit être et le « moi » qu’il est vraiment. Il réalise la nécessité de changement intérieur – que le besoin intérieur de réforme est aussi important que n’importe quel besoin extérieur. En effet, ils sont étroitement liés.

C’est exactement ce qui se passe très rarement en période de crise : une résolution profondément ancrée de changer qui, en elle-même, est une sorte de changement. Parlez de conversion si vous voulez.

Une grande partie de notre « réflexion » durant ces périodes de chaos est idéologique et thérapeutique : nous affirmons ce que nous pensons déjà pour nous donner un sens de sécurité ou de droiture. Un de mes professeurs de collège a envoyé un tweet amusant sur le sujet (en anglais seulement).

Par exemple, certains d’entre nous sont à l’aise de donner un nom à un besoin de réforme structurelle qui ne nous met pas au défi de quelque manière que ce soit. D’autres ont tendance à s’engager dans une amélioration personnelle qui s’écarte de notre rôle dans des structures plus importantes. Dans de tels cas, notre sentiment renouvelé de la nécessité d’un changement est illusoire et essentiellement thérapeutique : il nous permet de traverser le moment présent, c’est tout.

Les idéologies sont souvent fondées sur de semi-vérités ou plus précisément de semi-portraits du monde. C’est une partie du problème de Mark Wahlberg dans le film : il rejette la responsabilité de tous les maux du monde sur l’extraction du pétrole. L’utilisation et l’usage abusif du pétrole entraînent des problèmes, c’est certain, mais ce n’est pas la source de tous les maux.

La thérapie a du bon. Par contre, trop souvent, nous optons pour des moyens qui nous évitent de faire face aux réels problèmes. En effet, c’est une fonction première de l’idéologie : construire un monde dans lequel nous pouvons éviter d’affronter la réalité.

Les périodes de crise doivent nous amener à constater que notre vision du monde est habituellement trop petite et trop grande. Trop petite parce que nous préférons nous concentrer sur les parties de la réalité qui confirment ce que nous croyons déjà, ce que nous voulons croire. Trop grande parce que nous pouvons nous perdre dans les nombreuses choses qui doivent se produire et tout le temps qu’il faudra pour qu’elles se produisent. Mais à long terme, le changement est un travail lent et difficile. Il commence aujourd’hui. Il continue demain. Il se poursuit la semaine prochaine.

Je vous encourage à réfléchir à ce qui vous empêchera d’apprendre quelque chose de la pandémie. Comment cherchez-vous une thérapie et une confirmation idéologique ?

Il existe de nombreux diagnostics et solutions possibles, y compris une crise de solidarité, de décadence, etc. Mais, quelle qu’en soit la raison, n’oubliez pas que le changement est un combat quotidien. Il s’agit de prendre de nouvelles et de meilleures habitudes. L’habitude la plus fondamentale pourrait être celle de cultiver une conscience de notre résistance réelle à la conversion.

La bonne nouvelle, c’est que nous pouvons y arriver. Et nous pouvons commencer dès maintenant.

Bill McCormick, SJ, Texan, ancien Volontaire jésuite et aujourd’hui membre de la Province du Centre et du Sud des États-Unis, est régent à l’Université de Saint-Louis, où il enseigne la science politique et la philosophie. Il est entré dans la Compagnie en 2013 après avoir fait des études de science politique à Chicago et au Texas. Il collabore à la revue America.


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