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La famille ignatienne mobilisée pour la justice raciale

5 juin 2020 — « En tant que Noir vivant aux États-Unis, la vidéo de George Floyd qu’on étouffe me confirme que les relations avec la police de ce pays restent pour nous une plaie à vif; comment espérer que les rapports entre la communauté noire et la police changent avant longtemps? écrit le père Patrick Saint-Jean, SJ, dans le Jesuit Post. Être Noir aux États-Unis, ça ne devrait pas être synonyme de craindre pour sa vie. Mais c’est comme ça. Ça ne devrait pas vouloir dire qu’on a moins le droit de respirer. Mais c’est comme ça. »

Ce week-end, à la suite du meurtre de George Floyd aux mains de policiers de Minneapolis, des milliers de personnes ont protesté contre la brutalité policière et l’injustice raciale chronique.

Des manifestants gisent dans une rue de Louisville, KY(photo CNS / Marnie McAllister, The Record).

« Les femmes et les hommes noirs vivent avec le fait qu’aux États-Unis, il suffit que quelqu’un voie votre corps et la couleur de votre peau comme une menace, dit l’auteure afro-dominicaine Olga Segura dans un article pour la revue America. On y pense tout le temps, et pas seulement quand les images de l’exécution d’un Noir deviennent virales. Les citoyens et les policiers blancs jugent régulièrement les Noirs suspects, dangereux et inférieurs. »

Madame Segura continue en posant la question : « les Noirs souffrent. Comment l’Église peut-elle montrer qu’elle écoute? »

Elle se penche sur l'histoire complexe du racisme et de l'esclavage dans l'Église catholique et montre de façon poignante comment les catholiques blancs peuvent accompagner les communautés de couleur et le mouvement Black Lives Matter.

« Imaginez le symbole de solidarité que pourrait donner l’Église si nous voyions des prêtres et des religieux en col romain accompagner les militants (que le président Trump a qualifiés de « voyous ») pour exiger que notre pays traite mieux les Noirs américains », écrit Segura.

Comment l’Église catholique peut-elle montrer qu’elle est à l’écoute?

La Conférence des évêques catholiques des États-Unis a exprimé sa solidarité avec les manifestants vendredi. « Nous avons le cœur brisé, nous sommes révulsés et nous sommes outrés de voir une autre vidéo où l’on exécute un Afro-Américain sous nos yeux... Le racisme n'est pas une chose du passé ni un thème électoral à exploiter quand cela fait l’affaire. »

Le président de la conférence épiscopale a reconnu la douleur et la colère profondes des communautés noires : « bien qu'on s'attende à ce que nous plaidions pour des protestations pacifiques et non violentes, ce que nous faisons certainement, nous soutenons avec autant de conviction les communautés qui ont le droit d’être indignées. Trop de communautés dans notre pays ont le sentiment que leur voix n'est pas entendue, que leurs plaintes au sujet du racisme ne sont pas prises en compte, et nous ne faisons pas assez pour souligner combien ce comportement mortifère est contraire à l'Évangile de la vie ».

Pendant le week-end, nombre de leaders religieux, y compris des prêtres jésuites, ont participé aux manifestations pour réclamer la fin du racisme systémique et de la violence raciste. Le père Thomas Reese, SJ, a protesté devant la Maison-Blanche samedi. Sa pancarte disait « Je ne peux pas respirer », ce qui évoquait non seulement les derniers mots de George Floyd et d’Eric Garner (tué par la police de New York en 2014), mais aussi « tous les hommes noirs aux États-Unis depuis 400 ans ».

Le père Thomas Reese, SJ, (centre) a protesté devant la Maison-Blanche samedi.

Le père Reese, qui a été rédacteur en chef de la revue America, sentait qu’il lui fallait être présent aux manifestations.

« L’enseignement social catholique est limpide, dit-il. On n’a cessé de répéter qu’il faut respecter la dignité humaine de chacun. C’est si évident qu’on ne sait plus quoi dire. » 

Lui qui a assisté et participé aux grandes manifestations du mouvement pour les droits civiques dans les années soixante, il se sent frustré par l’inaction qui a laissé se développer la brutalité et le racisme. « Il n’est pas étonnant que les gens soient furieux et frustrés, dit-il. Je suis furieux et je suis frustré, moi qui suis un homme blanc plutôt privilégié. »

Néanmoins, estime le père Reese, la transformation est possible. « Pour que les choses changent, il faut à la fois une conversion et un changement structurel, explique-t-il. Les États-Unis doivent se repentir de leur héritage de racisme et d’esclavage. Il nous faut reconnaître que le racisme fait toujours partie de la culture. Ça ne changera que le jour où il y aura une conversion du cœur. »

Terrence Floyd, le frère de George Floyd, réagit à un mémorial à l'endroit où il a été arrêté à Minneapolis (photo CNS / Lucas Jackson, Reuters).

De même, les responsables jésuites du Canadade l’Ouest, du Centre-Sud et du Midwest ont exprimé leur colère et leur douleur devant l’assassinat insensé de George Floyd. Dans une lettre à ses confrères jésuites, le père Brian Paulson, SJ, provincial du Midwest, a confié que la violence à Minneapolis « nous a touchés de près ». Des fenêtres ont volé en éclats à l’école secondaire Cristo Rey de Minneapolis et des incendies ont fait rage à proximité de plusieurs autres œuvres. Mais, d’expliquer le père Paulson, les jésuites du Midwest sont envoyés dans ces apostolats « précisément pour être solidaires des quartiers de Minneapolis-St. Paul où la crise est aujourd’hui plus grave que jamais ».

Les universités jésuites ont réagi, elles aussi, à la mort de Floyd George et au mouvement de protestation, en reconnaissant leur propre histoire de racisme. Dans une déclaration publiée lundi, l’Association des collèges et universités jésuites déclare : « Pour plusieurs d’entre nous, il nous a fallu beaucoup trop de temps pour ouvrir nos portes aux membres de la communauté africaine américaine, qui sont notre prochain. Dans certains cas, nos bienfaiteurs et nos premiers dirigeants ont possédé des esclaves. Et aujourd’hui encore, nous avons du mal à rejoindre et à inclure tout le monde, à leur faire voir pleinement comment nous pouvons tous contribuer à notre avenir commun – ensemble. »

Le racisme persiste parce qu’il profite aux blancs

Cette semaine, alors que les Américains continuent de se débattre avec l’héritage du racisme (physique, spirituel et émotionnel), nous nous posons la question: quelle sera la prochaine étape ? Comment engager un processus de guérison ? Et plus important encore, comment créer la société juste à laquelle nous aspirons si fort?

Le père Bryan N. Massingale, prêtre et professeur noir à l’Université Fordham, met le doigt sur une vérité cruciale que les catholiques blancs doivent creuser : « la seule raison qui explique la persistance du racisme, c’est que des blancs continuent d’en profiter ».

Réfléchissez.

Pour aider à approfondir cet énoncé, le père Massingale propose quelques pistes de réflexion.

  • Quelle différence y a-t-il entre être mal à l’aise et être menacé?
  • Pourquoi est-ce que je me sens mal à l’aise à l’idée que je profite du racisme?
  • Que puis-je faire à propos du racisme dans ma collectivité/communauté?
  • Comment interpeller et sensibiliser au racisme mes proches et mes amis?
  • Comment inclure dans ma vie de prière des questions sur mes privilèges de blanc?

Pour accompagner votre réflexion et vous aider à répondre à ces questions, lisez l’article complet du père Massingale dans le National Catholic Reporter.

Agissez

En regardant vers l'avenir, le père Reese appelle les catholiques à promouvoir les changements structurels qui permettront d'éradiquer le racisme, en adoptant notamment une législation qui modifie le financement de l'éducation, en arrêtant de financer l’éducation avec les taxes locales, ce qui donne des écoles chroniquement pauvres dans les communautés de couleur à faible revenu. Il prône aussi des salaires suffisants et égaux ainsi que l'accès à un logement sûr et abordable pour les gens de couleur.

Pour voir comment vous pouvez faire du plaidoyer pour la justice raciale, consultez les ressources du Réseau ignatien de solidarité ici.


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